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    SE RECONVERTIR EN COMMERÇANT : SUIVRE SON RÊVE SANS L’IMPROVISER

    – 03 février 2015 –

    Phénomène en vogue, la reconversion professionnelle touche aujourd’hui plus d’une personne sur deux en Europe. Chez Atrium Brussels, nous accueillons de plus en plus régulièrement ces trentenaires, quadras, quinquas, qui décident, après une vie professionnelle dans un tout autre domaine, de goûter aux saveurs du commerce. Entretien croisé et analyse avec José Angeli et Nicolas Dehon.

    José Angeli se définit comme accompagnateur au changement. Après une longue carrière comme logisticien dans le milieu bancaire, il a choisi de se réorienter vers le coaching de changement de vie. Il accueille notamment des personnes qui, comme lui, ont décidé de passer du statut de salarié à celui d’indépendant.

    Nicolas Dehon a quant à lui pris la route dans l’autre sens. Patron d’une célèbre boutique vintage dans le centre de Bruxelles, il a récemment délaissé la caisse enregistreuse de son antre rétro pour guider, aujourd’hui, les candidats commerçants qui poussent les portes d’Atrium Brussels.


    Changement de paradigme

    Comment expliquez-vous le fait qu’aujourd’hui, la reconversion professionnelle soit presque devenue une norme ? 

    José Angeli : Il y a selon moi plusieurs raisons à cela. La transition d’un monde de l’entreprise qui était généralement familial et local à un système multinational soumis à une compétition féroce a entraîné une véritable révolution. Les salariés qui, hier, vivaient sur le velours de la stabilité professionnelle, ont dû apprendre les termes de fermetures, licenciements massifs, délocalisations,… Aujourd’hui, avoir un emploi veut souvent dire se battre pour ne pas le perdre, quitte à changer d’activité.

    Nicolas Dehon : Aujourd’hui, de nombreuses personnes que je rencontre se sentent d’ailleurs très mal à l’aise avec l’idée de faire carrière dans un seul et unique environnement professionnel. Même en CDI, ils réfléchissent déjà à leur prochain job…

    Les gens ne cherchent donc plus forcément la sécurité de l’emploi.

    J.A. : Non, puisqu’elle n’existe plus. Mais ils espèrent autre chose, et cette autre chose, c’est souvent le choix de l’autonomie et un travail en totale adéquation avec leurs valeurs. Avant, se posait-on ces questions ?

    N.D. : L’envie d’ouvrir un commerce résulte d’ailleurs aujourd’hui souvent d’un désir de partager ses propres valeurs avec le plus grand nombre. Cette conception très prosélyte – dans le bon sens du terme – du commerce a le vent en poupe dans de nombreux domaines, tant dans l’alimentaire avec le bio, le local, le halal que dans l’habillement éthique, de seconde main, la mobilité douce,… Ce militantisme commercial est un paradigme assez neuf.


    Burnout et démon de midi

    J.A. : Le phénomène du burnout est également la cause de nombreuses réorientations. Le caractère toujours plus concurrentiel du monde du travail a sa maladie, d’ailleurs reconnue par l’INAMI. Le changement de vie intervient généralement juste avant ou après un burnout. Des gens qui se rendent compte qu’ils travaillent dans le vide, sans reconnaissance, sans être en phase avec eux-mêmes décident de tout plaquer. L’idée d’un travail où l’on est maître de son rythme, où l’on est son propre patron devient alors le Graal…

    N.D. : Parfois, l’on peut d’ailleurs constater que l’intention d’ouvrir un commerce n’est qu’une diversion, une échappatoire à une certaine monotonie professionnelle. Lorsqu’on accueille des candidats-commerçants, il faut toujours composer avec cette donnée psychologique. Ce qui apparaît parfois comme la plus grande des vocations n’est peut-être qu’un vilain démon de midi. 


    Hors-piste et mardis de pluie

    Être indépendant – et plus particulièrement commerçant – n’est pourtant pas une sinécure…

    J.A. : Pour moi, être indépendant, cela procure les mêmes sensations que de skier hors-piste. On vit toujours sur le fil entre l’ivresse et le danger. D’un côté, le fait de ne dépendre de personne confère un sentiment de liberté extrêmement grisant, de l’autre, cela oblige à faire face à la peur et au risque de tout perdre…

    N.D. : Le risque majeur pour un nouvel arrivant dans le monde du commerce, c’est d’ailleurs d’idéaliser celui-ci. Certaines personnes ne connaissent les magasins que bondés, un samedi de soldes. On ne peut pas savoir si l’on est capable d’être commerçant sans expérimenter les mardis de pluie, ces jours où la boutique reste désespérément vide. Le samedi de soldes, en tant que commerçant, tu es le roi du monde ; le mardi de pluie, c’est le jour où tu te sens coupable de tout…

     

    Quel conseil donneriez-vous aux gens qui décident de quitter leur boulot pour devenir commerçant ?

    J.A. : Equipez-vous ! Si ouvrir un commerce constitue pour vous, l’inaccessible étoile, il faut être conscient qu’aller à sa rencontre demande d’être préparé, de connaître les risques, de faire un plan et de pouvoir, le cas échéant, se retourner. Il faut aller vers son rêve mais ne pas l’improviser.

    N.D. : Je serai très cash : si vous imaginez le monde du commerce comme un paradis, un espace de totale liberté, ce n’est qu’un mirage… Ne quittez pas tout du jour au lendemain pour cette chimère. Une étape-tampon est impérative. Quand je guide un candidat-commerçant, je veux le voir passer de sa phase idéaliste à sa phase réaliste…

    José Angeli, Coach en changement de vie

    Nicolas Dehon, Starters Manager – Atrium Brussels


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    février 3, 2015